ThErapie brEve

 

La thérapie brève, c'est quoi ?

 

Perspective historique.

A l'aube du mouvement psychanalytique, le processus thérapeutique était envisagé avec brièveté. Beaucoup de traitements et d'analyses didactiques de Freud lui-même furent conclus en quelques semaines ou quelques mois plutôt qu'en années. La pensée analytique devenant plus complexe, et d'autres facteurs aidant, la durée des cures devint de plus en plus longue. Les innovateurs qui, dans le sillage de Freud, développèrent des modes d'analyse plus efficaces furent rejetés par lui.

Dans les années 80, différents courants thérapeutiques ont codifié et évalué certains protocoles de thérapie brève, lesquels ont ensuite fait l'objet de méta-analyses.

Celles-ci conduisirent à l'idée que l'intégration souple et adaptée de stratégies issues d'écoles différentes est probablement plus efficace que l'application rigide d'une seule approche doctrinaire. Notre vision de la thérapie brève actuelle s'est donc enrichie d'année en année et continue de le faire : citons Grégory Bateson et l'Ecole de Palo Alto en contacts fructueux avec Milton Erickson qui ont vu leurs oeuvres enrichies de l'apport de Nicholas Cummings (thérapie intégrée), Frank Farrelly (thérapie provocatrice), Steve de Shazer (orientation vers les solutions) et Francine Shapiro (E.M.D.R). Dans 10 ou 20 ans sans doute, d'autres concepts et outils thérapeutiques s'y seront ajoutés.

La thérapie était donc initialement brève (comment imaginer d'ailleurs qu'un soignant ne veille pas à soulager au plus vite la douleur -morale et/ou physique- du patient qui lui fait confiance?). Pour différentes raisons, cette brièveté a cédé la place à des traitements de plus en plus longs. Retour du balancier: la brièveté sortie par la fenêtre, revient par la porte: les 30 dernières années ont vu se développer ce concept aux USA, créativité et évaluations à l'appui.

Quelles est la durée d'une thérapie dite "brève"?

Les meilleurs thérapeutes brefs ont des patients qui requièrent plusieurs dizaines de séances. Qu'est-ce alors qu'une thérapie "brève"? Sur une population générale, Nicholas Cummings, par exemple, décrira les données statistiques suivantes concernant la pratique sur de vastes populations "tout venant" d'un modèle -en constante évolution- de psychothérapie brève intégrée:

- 85% des demandes nécessitent 8,6 séances de traitement en moyenne (avec un maximum de 15)

 

- 10% nécessitent une moyenne de 19 séances

 

- 5% nécessitent davantage de temps.

 

Ces durées de traitements rejoignent ainsi les souhaits exprimés par les patients: une thérapie de moins de 3 mois si possible.

Cummings ajoute « Le patient bénéficiera du nombre de séances dont il aura besoin, ni plus, ni moins ». Thérapie brève ne veut pas dire thérapeute pressé . Nous dirons donc que le thérapeute bref est SENSIBLE AU TEMPS, ne serait-ce que parce que la durée de la souffrance est importante pour le patient . Centré sur sa stratégie thérapeutique, il garde "les yeux sur la balle" comme un joueur de tennis concentré sur son jeu.

La brièveté est donc plus la conséquence d'une façon de penser - et d'agir - qu'un but en soi.

Avec Cummings, nous définirons ainsi la thérapie brève : elle vise la diminution la plus rapide, la plus complète et la plus durable possible de la douleur et ce de la façon la moins envahissante qui soit.

La thérapie brève n'est pas brève par hasard

Soyons clairs: une thérapie -stricto sensu- n'est pas une analyse.

Une analyse n'est pas non plus une thérapie.

Quand un patient sort de chez lui souffrant, et qu'a sa gauche se trouve un vendeur de pommes, un peu plus loin un vendeur de poires, un peu plus loin un vendeur de fraises, de groseilles, d'abricots, de cerises, d'ananas ou de melons, il est important qu'il sache quel est son désir. Souhaite-t-il analyser ce qui lui arrive, faire des hypothèses et tenter de comprendre? Ou veut-il cesser de souffrir et pouvoir enfin continuer sa vie avec une qualité plus humainement acceptable? Il serait utile -et cela éviterait bien des quiproquos ultérieurs- qu'il soit clairement documenté sur le fait que le marchand de pommes, de poires, de cerises ou d'abricots lui propose un travail d' analyse (psychanalyse, analyse systémique, ou autre.) ou s'il lui propose une thérapie de soutien, sorte d'accompagnement dans une période particulièrement douloureuse, ou s'il lui propose une thérapie de changement .

La thérapie brève née au M.R.I. de Palo Alto s'inscrit clairement dans cette troisième catégorie. Son maître mot est le changement. Ce changement visera à soulager la souffrance non seulement à titre symptomatique, comme le ferait n'importe quel torpillage de symptômes, mais également dans sa dynamique. J'entends par dynamique, les forces en présence qui ont amené le patient dans cet état inconfortable qui justifie son appel à l'aide.

 

La thérapie brève se dit ciblée, intermittente au cours du cycle de vie

Elle tente de définir le problème rencontré par le patient en termes concrets et non pas abstraits, il en va de même des objectifs à atteindre. Ceci suppose de faire préciser de façon très très terre à terre, très très précise, très très concrète, les plaintes généralement exprimées de façon vague ou utilisant des termes abstraits ou faisant référence à des étiquettes de psychopathologie (hystérie, dépression, phobie, boulimie, personnalité dépendante, etc.). Il s'agit donc d'un modèle non normatif , qui fuit les interprétations autant que faire se peut. Ce problème sera défini en termes concrets, ici et maintenant dans les interactions du patient. Pour diminuer sa douleur physique ou morale, il visera dans le plus bref délai et de façon la moins invasive possible, à lui faire faire de nouveaux apprentissages par le biais d'expériences thérapeutiques c'est-à-dire d'expériences nouvelles susceptibles de corriger le résultat douloureux des expériences vécues antérieurement.

Le thérapeute utilisera donc tous les moyens possibles pour arriver à l'objectif fixé avec le patient et exigera de ce dernier tout autant d'activités. Une de nos phrases préférées à ce propos, souvent affichée dans nos salles d'attente est: <<Je ne vous demanderai rien d'infaisable, d'illégal, d'immoral, ou qui puisse vous mettre en danger. De votre côté, vous serez mon partenaire actif dans ce travail. Je ne vous abandonnerai jamais. si vous faites tout pour me rendre inutile aussi vite que possible>>. Ce qui peut aussi s'écrire: je vous abandonnerai sûrement. si vous ne faites pas tout pour me rendre inutile aussi vite que possible. Le thérapeute bref donne ainsi un enterrement de première classe au mythe de la soi-disant neutralité du thérapeute.

 

Pourquoi disons-nous thérapie intermittente au cours du cycle de vie ?

 

Un premier travail de thérapie brève peut apprendre à bon nombre de patients comment résoudre leurs problèmes: c'est l'<<effet boule de neige>> qui d'un apprentissage réussi permet d'en déduire d'autres. Ceci explique que statistiquement, quand un premier problème a été travaillé avec succès en thérapie brève, si d'autres problèmes surviennent, cinq ans, dix ans, quinze ans, vingt ans après dans la vie de la personne et qu'ils nécessitent à nouveau ce même type de travail, celui-ci sera le plus souvent nettement plus court, le patient utilisant ses acquis antérieurs pour progresser comme une boule de neige sur une pente.

Voilà comment une thérapie peut être à la fois efficace et brève et pourquoi ceci ne se fait pas au hasard mais procède d'une logique sérieusement charpentée.

 

Des outils parfois déroutants.

La croyance la plus spécifique de l'école de Palo Alto est la suivante: quand une difficulté surgit, nous la réglons avec bon sens, dans 90% des cas la difficulté disparaît. Dans 10 autres pour cent des cas et malgré les tentatives répétées, apparemment variées, de tentatives de bon sens pour solutionner cette difficulté, le problème s'installe et devient chronique. Plus on agit avec bon sens, plus le problème s'entretient. Il s'agit d'un véritable paradoxe auquel seule une réponse contre-paradoxale permet d'apporter une solution.

Certains auteurs, loin de la diplomatie feutrée de la consultation classique du M.R.I. de Palo Alto, n'hésitent pas dans ce contexte contre-paradoxal et utilisationnel à adopter un style provocateur (exemple Frank Farelly) ou à <<mobiliser la rage>>, comme Nicholas Cummings. Ceci amène à des situations de fin de traitement assez curieuses: un patient peut avoir largement atteint son objectif tout en étant fâché sur son thérapeute. Une aide efficace, brève et peu envahissante est une joie en soi: le thérapeute bref n'a pas d'autres caresses narcissiques à attendre. Il est là pour aider son patient, pas pour être <<bien vu>>.

Yves doutrelugne - Espace du possible

 


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